Les moyens de lutte de l'époque

    Les remèdes de l’époque sont très sommaires. En effet, même si la médecine est en progrès avec la maîtrise de la typhoïde et du choléra, la grippe est toujours considérée comme une maladie banale et non dangereuse. Aucun vaccin, aucune analyse chimique, aucun antibiotique... n'existent. Cette maladie était méconnue.

    De nombreux rapports sont publiés pendant la guerre répertoriant les cas de certaines maladies contagieuses (diphtérie, rougeole, scarlatine, méningite, oreillons, tuberculose...), mais aucune veille sanitaire ne prévoyait la grippe

    De plus, étant donnée la sévérité des symptômes, certains médecins écartaient l'hypothèse de la grippe et penchaient plutôt, par exemple, pour une peste pulmonaire. L'Académie de Médecine doit donc effectuer une mise au point le 12 novembre 1918 afin de montrer qu'il s'agit bien de la grippe.

    Ainsi le Petit Parisien du 26 octobre 1918, publie « une formule en 13 étapes » contre la grippe espagnole. En voici le texte :
 
« Nous croyons devoir signaler le traitement en vigueur dans un hôpital militaire de la région parisienne, qui a donné des résultats sensibles :
 
  1. Le premier jour de la maladie, prendre dans la journée, toutes les 3 heures, un cachet d’aspirine, et de  citrate de caféine.
 
  1. Le deuxième jour de la maladie et tous les jours suivants, jusqu’à la baisse de la température, prendre toutes les 2 heures de 7 heures du matin à 9 heures le soir, un cachet de cryagémine Lumière, un cachet de citrate de caféine, et un cachet de benzoate de soude.
 
  1. Thé au rhum ou cognac, thé avec, par tasse, ¼ de citron pressé, champagne à la température de la chambre. Grogs chauds (faire brûler le cognac avant l’emploi ). Tisanes d’orge, de chiendent, de queues de cerises, lait bouilli coupé de son volume d’eau bouillie et additionné de quelques cuillerées à café d’eau de fleur d’oranger.
 
  1. Matin, midi et soir, quelques gouttes (4 à 5) d’huile goménolée dans chaque narine et dans les oreilles.
 
  1. Toutes les deux heures, et chaque fois que l’on aura pris du lait, gargarismes chauds à l’eau bouillie, par verre d’eau bouillie, une cuillerée à soupe d’eau oxygénée à 12 volumes ; additionner le gargarisme, selon le goût, de quelques gouttes d’alcool de menthe.
 
  1. Faire infuser dans l’eau bouillante, des feuilles d’eucalyptus, pour vaporiser la chambre du malade.
 
  1. Prendre la température du malade,( et l’inscrire), quatre fois par jour ; la température de la chambre ne dépassera pas les 19 °C ; position assise dans le lit bien couvert, boule d’eau chaude aux pieds seulement.
 
  1. Acétate d’AzH3, teinture de cannelle, teinture de quinquina, sirop d’écorce d’orange amère, sirop de quinquina (8 cuillerées à soupe par 24 heures).
 
  1. Même si le malade ne tousse pas, larges cataplasmes sinapisés ou ventouses sèches, matin et soir, et six cuillerées à soupe par 24 heures de terpine, d’eau de lauriercerise, de rhum, de sirop diacode, et d’eau de tilleul.
 
  1. Le deuxième jour de la maladie, prendre en deux fois, à une heure d’intervalle, dans un thé léger, un paquet de SO4 mg et de SO4 Na. Le soir de la purgation, un cachet d’Urotropine. Le lendemain et jour suivant, un matin et soir.
 
  1. Dans la convalescence, application de coton iodé sur la poitrine ; dédoubler le paquet, mettre en avant, mettre en arrière et laisser en place une dizaine de jours.
 
  1. Si la toux persiste, pendant dix jours, tous les soirs : 10 gouttes de teinture d’iode dans une tasse de lait chaud.
 
  1. Trois fois par jour, au début de chaque repas, une cuillère à soupe d’arséniate de soude, de teinture de noix vomique, de glycérophosphate de soude, de teinture de coca, de teinture de kola, de glycérine et de sirop de quinquina. »

    Ces mesures restent un exemple de moyens totalement inefficaces, et sont probablement les moyens les plus farfelus jamais publiés. Cette "farce" coutait cependant le salaire total de 4 à 5 jours de travail d'un ouvrier moyen de l'époque. 

    En effet, le malade est désinfecté de l'extérieur à l'aide d'essence de menthe ou d'eucalyptus. On lui donne de l'aspirine, un peu d'arsenic, des sels d'argent. On l'enveloppe dans des draps froids afin de faire baisser la fièvre, on lui administre de l'oxygène par voie sous-cutanée, on lui fait des saignées... Cependant, il continue à être chaud, à délirer, cracher du sang, divaguer, souffler, frissonner, à avoir un pouls élevé... On essaye donc de lui donner du bromure de chloral, on lui fait des massages, sans succès. La mort l'emporte finalement. Les médecins sont dépassés et ne savent plus quoi faire.

          => Voilà un extrait  de la thèse du docteur Marguerite Barbier écrite pour le doctorat de médecine en 1919 qui résume bien la situation :
'[...] les salles étaient combles. Des familles entières se présentaient aux consultations pour être hospitalisées. Des malades cyanosés, dyspnéiques, angoissés, parfois mourants ne pouvaient être refusés, il fallait les coucher sur des matelas par terre, dans les couloirs ou à l'entrée des salles en attendant un lit.'

          Un traitement de malade dans un hôpital naval de la Nouvelle Orléans, Louisianne (USA) 1918

                       Hôpital de la base d'entrainement navale de San Francisco, Californie, USA

                                        Hôpital de fortune Aix les Bains France

 
 



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